Le bassin versant de la Drôme est propice à une biodiversité exceptionnelle dûe à la variété et à la qualité de ses milieux naturels. Sans parler de toutes les espèces que l’on peut y rencontrer, en voici quelques unes dites patrimoniales, c'est-à-dire que l’on souhaite protéger.
La truite Fario : (Salmo trutta fario)
La truite Fario est une espèce emblématique de la rivière Drôme et de ses affluents, tels que la Gervanne, la Sure, l’Archiane, la Roanne, le Bez, la Béoux ou encore la Meyrosse. Elle évolue en eau vive et fraîche, fortement oxygénée.
En France, la reproduction se déroule de novembre à fin février, sur des zones graveleuses à courant vif appelées « frayères ». Après éclosion des œufs, les larves se développent en puisant sur ses réserves jusqu’au début du printemps.
La truite est ensuite carnivore, avec toutefois un régime alimentaire varié : insectes, crustacés, mollusques, petits batraciens et poissons. La truite Fario bénéficie d’un intérêt halieutique indéniable et revêt un caractère patrimonial, notamment en ce qui concerne notre souche méditerranéenne sur le bassin Rhône Méditerranée et Corse.
Le barbeau méridional : (Barbus meridionalis)
Le barbeau méridional figure dans le livre rouge des espèces menacées. Le barbeau méridional préfère les eaux bien oxygénées de moyenne altitude, mais supporte très bien les étés chauds avec une eau moins oxygènée. On le trouve principalement sur la zone médiane et avale du cours de la Drôme, dans des trous peu exposés au courant et il supporte les assèchements partiels du lit et les crues violentes.
En raison d’une compétition probable entre les deux espèces, le barbeau méridional et le barbeau fluviatile sont rarement présents ensembles, le premier étant davantage rencontré dans les parties amont des bassins, tandis que le deuxième est plus fréquent dans les secteurs de plaine.
Le barbeau méridional se reproduit habituellement entre mai et juillet. Il est présent sur la haute Drôme mais en faible densité, sur la Roanne, ainsi que sur la Gervanne. Sur la Drôme aval sa répartition est assez hétérogène.
L’écrevisse à pattes blanches : (Austropotaobius pallipes)
L’écrevisse à pattes blanches (ou à pieds blancs) est un crustacé décapode de la famille Astacidés. C’est une des trois écrevisses considérées comme autochtones.
Sa reproduction a généralement lieu d’octobre à novembre, après quoi les œufs sont portés par la femelle pendant 5 à 9 mois. L’espèce est considérée comme emblématique des eaux courantes fraîches et bien oxygénées. Elle y affectionne particulièrement les zones riches en abris pouvant prendre la forme de blocs, pierres, racines en berges ou litières ligneuses. Aujourd’hui, on retrouve cette espèce principalement en tête de bassin versant, préservée des impacts humains.
Maladies, destruction des habitats favorables à cette espèce et altération de la qualité de l’eau, expliquent la disparition de ces populations.
L’Anguille : (Anguilla anguilla)
L’anguille est le seul migrateur amphihalin thalassotoque, c'est-à-dire qu’elle est capable de vivre à la fois en eau douce et en eau de mer, où elle migre pour se reproduire. Cette espèce colonise tous les milieux aquatiques continentaux accessibles, depuis les estuaires jusqu’aux parties amont des bassins versants pour y effectuer sa croissance. La présence de l’Anguille est considérée comme anecdotique sur le bassin versant de la Drôme et l’espèce est cantonnée à la partie aval de la Drôme (aval de Crest), et dans une moindre mesure autour de Saillans. Il est fort probable que l’espèce ait été présente historiquement avant les grands aménagements du Rhône (barrages hydroélectriques), au moins sur la partie aval du bassin versant de la Drôme et de ses affluents, l’espèce étant limitée, après, par l’altitude.
L’Apron du Rhône : (Zingel asper)
Ce petit poisson de 100 g et 13 à 20 cm en moyenne est endémique du bassin du Rhône. Il appartient à la famille des Percidés et est l’un des deux poissons d’eau douce les plus menacés de disparition du territoire français, avec l’esturgeon. Il posséderait de lointaines origines dans le bassin du Danube, qui englobait le Rhône actuel, il y a 8 millions d’années. Son aspect rugueux lui a valu son nom latin asper (âpre). Il est très peu coloré et se confond facilement avec le fond de graviers ou de galets où il se tient immobile. L’Apron du Rhône est un poisson typiquement benthique et solitaire. C’est une espèce qui s’active la nuit venue pour quérir sa nourriture (vers, larves) et a un comportement territorial marqué. Il affectionne les milieux variés aux eaux claires et bien oxygénées. Migrateur partiel, il se déplace dès février pour se reproduire. Sa reproduction se situe de février à avril dans des eaux fraîches (11 à 14 °C). La frayère est installée sur un radier sur la partie la plus profonde. Les éclosions ont lieu 14 jours après la fécondation. L’Apron a une croissance très rapide, mais les populations restent relativement faibles. Les causes de disparition de l’Apron sont essentiellement la fragmentation ou la disparition de son habitat, son isolement dû aux barrages, la qualité des eaux, la mauvaise connaissance de l’espèce…
Deux Life Apron I et II travaillent depuis 1998 pour essayer de mieux connaître l’espèce et de la préserver notamment en améliorant ses milieux de vie ou encore en aménageant des passes à poissons pour restaurer la continuité biologique.
Le Castor d’Europe: (Castor fiber)
Le castor est le plus gros rongeur d’Europe puisqu’il peut peser jusqu’à 28 kg et mesurer plus d’un mètre (dont 30 cm pour la queue). C’est une espèce protégée qui peut être confondue, à la nage, avec le ragondin.
Il ne possède pas de caractère sexuel secondaire. L’espèce est territoriale et monogame. La maturité sexuelle est atteinte à 2 ans pour la femelle et à 3 ans pour le mâle. La période de reproduction a lieu de janvier à mars. Les naissances ont lieu entre le 15 mai et le 15 juin (en moyenne 2 jeunes).
Le castor a des mœurs nocturnes : il est principalement actif en début et fin de nuit. Il est sociable et vit en famille (parents, enfants) sur un territoire d’environ 1 à 3 km de cours d’eau matérialisé par de nombreux indices (coupe d’arbres, coulées…). Au niveau de la berge, il s’installe, soit dans une hutte de branches, soit dans un terrier. Localement les gîtes peuvent être établis dans des embâcles : c’est le cas sur la rivière Drôme.
Le régime alimentaire du castor est strictement végétarien. Les besoins quotidiens d’un adulte s’élèvent à 2 kg de matière végétale ou 700 g d’écorce. Il est très éclectique dans ses choix alimentaires.
Actuellement le castor n’a pas de prédateur notable.
L’Agrion de mercure : (Coenagrion mercuriale)
L’Agrion de mercure est un insecte de la famille des Odonates ou Libellules, de forme gracile, avec un abdomen fin, cylindrique et allongé, des ailes antérieures et postérieures identiques. C’est une espèce très polymorphe au découpage des segments de l’abdomen très marqué, avec un fort dimorphisme sexuel : la femelle est presque entièrement noir et bronze, alors que le mâle est bleu azur annelé de noir.
Il est présent dans différents types de milieux aquatiques. L’Agrion est une espèce affectionnant les zones biens ensoleillées, souvent en terrains calcaires, aux eaux bien oxygénées jusqu’à 1600 m d’altitude. La végétation de son milieu est constituée par les laîches, les joncs, les glycéries, les menthes, les roseaux,…
Son cycle de développement est de 2 ans. La période de vol des adultes commence en avril en région méditerranéenne. La femelle accompagnée du mâle pond dans les plantes aquatiques ou riveraines. L’éclosion a lieu après quelques semaines et donne naissance à des larves qui, comme les adultes, sont carnassières et se nourrissent de petits insectes.
Ses prédateurs connus sont les autres libellules, araignées, amphibiens, reptiles, oiseaux,…
L’Agrion est bien répandu sur les sites Natura 2000 de la vallée de la Drôme et de la Réserve Naturelle des Ramières.